Flammarion

  • Ethiopie, 1975 : c'est le chaos.
    Un pays exsangue, affamé, divisé se rebelle et détrône son empereur. A Addis-Abeba, Ryszard Kapuscinski vient exhumer un monde balayé par les mitrailleuses ; déjouant la vigilance des patrouilles, arpentant des nielles sinueuses à la tombée de la nuit, il enquête et cherche à comprendre : qui était le Négus, le Roi des Rois - Hailé Sélassié, dernier empereur d'Ethiopie ? Un despote sanguinaire ? une figure paternelle adulée par son peuple ? un vieillard-enfant débordé par son armée ? Au fil des témoignages bruts et fascinants recueillis par le reporter apparaît un monde insoupçonné : un monde sans justice où chacun est incité à espionner et à fouiller son voisin, où la délation et le pot-de-vin sont des vertus cardinales ; un monde fini où l'on régale les diplomates étrangers en laissant le peuple mourir de faim ; un monde violent où un simple mot vous fait déchoir des salons aux oubliettes.
    Un portrait saisissant du Négus, qui raconte la folie et la soif de pouvoir d'un empereur divinisé et démonte le fonctionnement d'un régime arbitraire, absurde, démesuré - jusqu'à sa chute.

  • Choisies parmi plus de mille pages d'articles et d'interviews, ces quelques dizaines de questions et réponses sont précieuses pour en apprendre davantage sur la profession exercée par Ryszard Kapuscinski, mais aussi sur lui-même, sa personnalité, sa passion du voyage, ses reportages exceptionnels, son goût du risque. Kapuscinski évoque ici sans concession la déontologie de son métier, les manipulations et les pressions des médias que subissent les reporters d'aujourd'hui, et aborde avec une belle sincérité l'art de l'écriture, et la conception philosophique de son travail. Une sorte de testament d'écrivain du grand reporter disparu en janvier 2007 qui revient sur les moments forts de son oeuvre. Un petit livre riche, drôle parfois, qui étonne par la modestie de ses aveux. «Kapuscinski était un être subtil, réfléchi, cultivé et humble qui aura fait du reportage son "mode de vie", et de l'écriture sa raison d'être.» Charles Ruelle - Le Magazine littéraire

  • Téhéran, 1980 : les révolutionnaires prennent le pouvoir.
    Installé dans un hôtel de la ville, Ryszard Kapuscinski essaie, à partir de notes, de bandes magnétiques et de photos, de comprendre ce qui a provoqué la chute du Shah et comment l'ayatollah Khomeiny a réussi à s'imposer. Il interroge et écoute inlassablement les témoignages des hommes et des femmes qui l'entourent, et qui évoquent la corruption, les bakchichs, la peur de la délation paralysant les relations sociales, les supplices réservés aux opposants par la police du Shah.
    En disséquant le processus de cette révolution, l'auteur s'interroge sur le déclin d'un empire et, au-delà de l'exemple iranien, nous propose une réflexion plus actuelle que jamais sur les mécanismes du pouvoir et sur le despotisme.

  • « Sorcier suprême du reportage » (John le Carré), Ryszard Kapucinski a été traduit dans le monde entier et porté aux nues par Gabriel García Márquez et par Salman Rushdie. Depuis sa mort, en 2007, on ne cesse de redécouvrir le reporter exceptionnel qu'il était. Ce volume rassemble ses plus grands textes ainsi que des extraits d'un recueil de jeunesse inédit en français. Lire « Kapu », c'est rencontrer non seulement un formidable témoin du XXe siècle, observateur inlassable des conflits et des révolutions (de la guerre civile en Angola à la chute des régimes dictatoriaux en Éthiopie ou en Iran, des soubresauts de l'Amérique latine à la désintégration du bloc soviétique), un homme de terrain au regard d'ethnologue, qui a pour maîtres mots curiosité et empathie, mais aussi un écrivain de talent, explorateur passionné de la frontière entre écriture documentaire et littérature, dans la lignée d'un Albert Londres ou d'un Truman Capote.

  • Voici un livre très personnel, l'histoire d'un homme qui se retrouve seul et perdu. Au cours de l'été 1975, mon patron - j'étais à cette époque correspondant d'une agence de presse - est venu me dire : « C'est ta dernière occasion de partir pour l'Angola.
    Qu'est-ce que tu en dis ? » Je réponds toujours oui dans de telle situations. (S'il m'avait posé la question, c'est que la guerre civile qui se poursuit aujourd'hui encore était déjà engagée. Bien des gens étaient persuadés que le pays allait devenir un véritable enfer - et un enfer inaccessible, qui plus est où tout le monde mourrait sans aide ni intervention extérieure.) La guerre avait commencé au printemps de cette année-là, lorsque le nouveau gouvernement du Portugal, après le renversement de la dictature de Salazar, avait accordé à l'Angola et aux autres anciennes colonies portugaises le droit à l'indépendance. En Angola, plusieurs partis politiques, armés jusqu'aux dents, se battaient l'un contre l'autre, chacun d'eux voulant prendre le pouvoir à tout prix (le plus souvent, au prix du sang de leurs frères). La guerre que se livraient ces partis était une guerre sale, opiniâtre et cruelle.
    Chacun était l'ennemi de chacun, et personne ne savait qui allait mourir. Entre les mains de qui, quand et où. Ni pourquoi. Et tous ceux qui le pouvaient quittaient l'Angola.
    Moi, j'avais envie d'y aller. À Lisbonne, j'ai réussi à persuader l'équipage d'un des derniers avions militaires portugais en partance pour l'Angola de m'y emmener. Plus précisément, je l'ai supplié de m'emmener.
    Le lendemain matin, j'apercevais par le hublot de notre avion qui s'apprêtait à atterrir une tache blanche immobile, enveloppée de soleil. C'était Luanda.
    Interrompant sa réflexion sur les mécanismes du pouvoir qui avait nourri Le Négus et Le Shah, Ryszard Kapuscinski nous livre ici son récit le plus personnel et le plus attachant, en témoin effaré d'un conflit absurde.

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