• «Je ferai, oui, l'éloge de la poésie. Sans restrictions. Sans états d'âme. Parce que la poésie n'est justement pas le lieu de la demi-mesure. Je le ferai d'une voix pleine, vive s'il le faut. Parce qu'on ne peut admettre plus longtemps, n'est-ce pas, que les poètes, malgré les révérences qu'on leur fait de loin en loin pour se disculper de la désinvolture et de l'indifférence avec lesquelles on les traite ordinairement, soient renvoyés à leur étrange petit commerce particulier qui n'aurait rien à voir avec les affaires du monde. Je veux faire l'éloge de la poésie pour tous, non pas, voyez-vous, comme un agrément, un ornement de l'existence ou le partage de je ne sais quelle distinction supérieure:comme une nécessité vitale.»

  • Jean-Pierre Siméon prête sa voix à un hypothétique sage chinois - Tao Li Fu - qu'il prend plaisir à imaginer à la fois vieux et facétieux... Cela donne cinquante-sept maximes, ici traduites en chinois, et dont certaines sont calligraphiées. Un livre raffiné et malicieux qui réjouira petits et grands.

  • Ce livre rassemble trois recueils majeurs de Jean-Pierre Siméon : Le bois de hêtres, Fresque peinte sur un mur obscur et Lettre à la femme aimée au sujet de la mort, trois recueils qui procèdent du même sentiment intime, ardent et déchiré, afin que demeurent au coeur des nuits accumulées les arguments irréductibles de la vie pleine et entière, de la vie désirante dont l'amour, comme tout franchissement des limites, se veut une expérience toujours unique et sans cesse renouvelée. Il est en effet une joie possible, mais qui n'est légitime qu'en lien avec une lucidité sans compromis : c'est pourquoi ces poèmes se font aussi l'écho des désaveux infligés à l'homme par l'homme, ainsi que des pertes, gouffres et naufrages que porte toute existence. Ils persistent cependant dans le chant et par le chant, faisant d'un même mouvement louange des heures intensément vécues, et des beautés insolentes arrachées jusqu'au coeur du désastre.

  • On n'entend pas le pas d'un homme qui va à son travail et quand un homme court vers ce qu'il aime c'est son souffle qu'on entend mais quand la foule des guerriers se met en chemin c'est son pas d'abord qu'on entend son pas qui martèle oui les coups du marteau sur la terre le pas qui frappe et qui dit je suis là je suis partout Stabat Mater Furiosa, cri solitaire d'une femme qui se révolte contre la guerre et la violence, fut montée pour la première fois en 1999 par Christian Schiaretti. Depuis plus de soixante mises en scène ont été réalisées en France. Cette pièce d'un poète venu au théâtre a été traduite en sept langues et jouée dans quatorze pays.

  • Les poèmes de ce « livre » sont à l'image de son titre : enthousiastes, volontaires, énergiques et entraînants. Croyant la poésie capable de sauver le monde, l'auteur exhorte le lecteur à se soulever dans la joie au-dessus de ses fragilités et de ses craintes, en manifestant sa foi en une poésie qui « réconcilie le rêve et l'action, le rêve et la réalité », comme l'écrivait Aimé Césaire à qui un vibrant hommage est rendu en épilogue. Qu'il passe de la célébration à l'exhortation ou entretienne des « dialogues intérieurs » avec des poètes étrangers et des villes traversées, c'est toujours la même voix qu'on entend, exaltée, militante, contagieuse et joliment maîtrisée.

  • "Politique de la beauté est la réponse engagée apportée par Jean-Pierre Siméon à une poésie rétrécie, limitée à ses jeux sur la forme. Dans ce manifeste poétique, l'auteur affirme de la plus belle des manières que la poésie, sans rien abandonner de son exigence, sait être lumineuse et fraternelle, une rencontre avec la beauté.

    Extrait :

    Je crois à une politique de la beauté, elle serait devant les êtres et les choses, non pas seulement le mot juste, mais son frisson de feuillage sous l'averse.

    Une loyauté de coeur.

    [...]

  • Oui ça va mal oui les temps sont critiques et de tous les malheurs qui grognent à nos mollets de tous les abandons qui nous vident le coeur de toutes les défaites qui nous brisent la nuque l'enfermement où dans ces heures poisseuses on tient désormais la langue notre langue la langue commune la langue partagée populaire celle-là l'improbable la sauvage et la douce qui dit la bonté de l'instant et la chiennerie des jours cet enfermement-là qui n'apparaît pas qu'on ne sent pas qui ne s'avoue pas.

  • La poésie, ça vous barbe ; c'est inutile, vous n'avez pas le temps, ce n'est pas sérieux, c'est bon pour les petites filles boudeuses ou les illuminés solitaires et romantiques, c'est charmant comme un bouquet de fleurs, mais, à choisir, mieux vaut un steak sur la table. Et puis, de toute façon, on n'y comprend rien !

  • Il est toujours maladroit mon Paulo même avec les mots même pour dire le meilleur il choisit les pires mais est-ce qu'il est mieux ton Damien ?
    Lui il n'a pas de mots on dirait mais le pas de mots ça tue pareil une mort lente et qui se voit pas mais une mort pareille tu vois Plumette ma jolie finalement c'est comme un peu s'il t'aurait sauvée couille de rat mieux vaut mourir d'un infarctus du baiser que d'un long cancer de l'âme Deux jeunes femmes avec bagages s'installent dans la salle d'attente déserte d'une gare perdue de la grande banlieue, attendant qu'on vienne les chercher. Comme il est naturel et ordinaire, c'est dans cette circonstance vide que l'imprévu advient, et tout déraille....

  • Si la joie doit venir, elle viendra, bonne fille, implacablement.

  • C'est une loi d'homme / j'obéis moi à une loi plus grande / cette loi d'en haut qui n'a ni début ni fin / la loi de ceux qui aiment / qui n'a ni début ni fin / que pèse la loi d'un mortel / face aux lois immortelles ? rien / je ne crains pas de te désobéir / je crains de trahir ce que mon coeur sait juste / Rotrou, Hölderlin, Cocteau, Brecht, Anouilh ou Bauchau, parmi tant d'autres : depuis Eschyle et Sophocle, il n'est sans doute pas de personnage de fiction qui ait, autant qu'Antigone, si constamment sollicité l'imaginaire des écrivains et conséquemment l'imaginaire collectif. Sans doute parce que sa valeur est fondamentalement positive et que sa magnifique insoumission à l'ordre établi et aux lois abstraites, motivée par la loi du coeur, venge chacun d'entre nous de ses renoncements devant les mille formes du pouvoir politique, social ou religieux.

    Création au TNP (Villeurbanne), mise en scène par Christian Schiaretti, du 11 octobre 2016 au 19 mars 2017. La pièce sera également présentée en intégrale avec Electre, les 8 et 15 octobre 2016.

  • Le théâtre le plus actuellement nécessaire et justifié est celui qui offre ce qui manque le plus au monde actuel, monde extraverti du tout-spectacle, adonné au vertige des apparences, de l'image et de l'extériorité : non pas un spectacle qui satisfait, une belle vue, mais un lieu de passage - il y en a si peu - vers la profondeur lente, obscure, imprévue, de nous, de l'autre, des relations humaines et sociales, des énigmes primordiales dont, pour le coup, on peut être certain de l'actualité.

    Pour un théâtre qui tient parole est suivi de Ce que signifiait Laurent Terzieff. Cette lettre posthume au grand comédien à qui le Philoctète de Jean-Pierre Siméon offrit son dernier rôle au théâtre, est, autant qu'un hommage à l'amitié et un témoignage de reconnaissance, un bref manifeste en faveur d'un théâtre fondé dans la langue et la parole des poètes, dont la continuation est pour l'auteur de ce livre une nécessité artistique, morale et politique.

  • Ah marins ô mes marins fidèles / compagnons des tempêtes / et dompteurs de la houle / voyez voyez mon naufrage / et quelle vague furieuse / a chaviré mon âme / aidez-moi je vous en prie / aidez-moi à mourir tout à fait / Ajax, comme Philoctète, Électre ou Antigone, est bien un être révolté et comme pour les autres sa révolte peut bien se justifier de la trahison des siens, de l'injustice qui lui est faite, d'un besoin de vengeance qui est la nécessaire réponse à l'humiliation. Cependant, si dans toutes les pièces l'excès et la démesure des sentiments humains sont le ressort du tragique, Ajax présente une originalité qui lui confère une dimension neuve et troublante : le fait majeur y est la folie, la vraie folie délirante, l'effroi qu'elle inspire et le suicide qu'elle provoque.

  • Eh bien oui je resterai seule avec mes morts / et que tous voient leur mort dans mes yeux / je serai devant les portes leur tombe vivante / jamais plus je n'entrerai dans le bouge / jamais plus partager la maison du crime / esclave mendiant sa vie jamais jamais plus / je vivrai ici dehors devant les portes seule / si je gêne qu'on me tue je veux bien / qu'importe maintenant qu'on me tue / il n'y a plus rien à tuer / ma vie est déjà morte /

  • Voix reconnue de la poésie française contemporaine, salué par de nombreux prix, Jean-Pierre Siméon vient au théâtre en 1997 avec l'écriture de Stabat Mater Furiosa. En écrivant pour le plateau il n'effectue pas une rupture radicale mais infléchit sa langue qu'il nomme « poésie de théâtre ».

    Les nombreuses mises en scène et traductions de ses textes en font aujourd'hui un des auteurs majeurs de la scène contemporaine française.

    Ce volume réunit l'ensemble de ses textes de théâtre publiés entre 1999 et 2004 :

    Stabat Mater Furiosa Soliloques D'entre les morts Le Petit Ordinaire La Lune des pauvres Sermons joyeux

  • Avons-nous vraiment besoin des poètes et de la poésie ? A cette question qu'on ne prend même pas le temps de se poser, Jean-Pierre Siméon répond par un "oui !" enthousiaste et argumenté.
    Pour contrer l'apathie de nos consciences et aiguiser l'esprit de résistance, pour donner du souffle à nos émotions et nous affranchir des carcans de la langue, il nous montre qu'il est urgent de nous doper à la vitamine Poésie !
    Mais comment aborder un poème ? Comment accepter de ne pas tout y comprendre ? Et pourquoi est-il décisif d'inviter les enfants, dès le plus jeune âge, à cette stimulante fréquentation ? L'auteur nous fait partager son expérience et ses convictions en proposant des pistes d'actions concrètes à l'école ou au sein de la famille pour qu'on ne prive pas les enfants de cette rencontre avec le poème.
    Et pour qu'on place délibérément la poésie au coeur du projet éducatif, comme la source de toutes nos libertés.

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