• «Lorsque dans la milonga (ainsi nomme-t-on le bal de tango) les danseurs se rejoignent sur le parquet, leurs bras se lèvent doucement et ils s'enlacent - ils se prennent dans les bras, ils s'embrassent, étymologiquement. D'où le terme argentin, adopté par les Français:l'abrazo. La main gauche de la femme se place sur le haut du bras de l'homme ou sur son omoplate, ou bien encore passe par-dessus son épaule, tandis que celui-ci, glissant sa main droite par en dessous, la pose sur le dos de sa partenaire. De l'autre côté, leurs mains se tiennent en l'air, paume contre paume. Dès qu'on entre dans l'abrazo, on devine, à son corps, sa tenue, sa prise, on devine quelque chose de son partenaire.»Dans ce texte sensuel, Belinda Cannone déploie, à partir de la danse, une superbe poétique du lien et de la relation. Une poétique qu'elle condense en un mot aux mille échos:l'embrassement.

  • Le nouveau nom de l'amour

    Belinda Cannone

    • Stock
    • 2 Septembre 2020

    De nos jours, le couple serait en crise, et le mariage en déclin. Cette crise serait due au capitalisme, à l'hypersexualisation de la société, à Internet ou à l'on ne sait quelle incapacité de la jeunesse à s'engager.

    Pour comprendre ce que sont devenus l'amour, le couple et le désir, Belinda Cannone retrace les métamorphoses du sentiment amoureux. L'histoire du mariage nous apprend ainsi que l'union « pour toujours » est une invention chrétienne, que le mariage d'amour émerge à la fin du XVIIIe siècle, et que ce sont les révolutions du XXe siècle qui ont érigé le désir en ingrédient indispensable de la réussite du couple.

    Cette révolution ne va pas sans problème : l'amour, en se transformant, peut durer une vie, alors que le désir est plus fugace. Dès lors, pourquoi continuer à vivre dans un couple où le désir s'est dissipé ? En effet, nous tendons à présent à former au cours de nos vies des couples successifs, non pérennes. Mais si ce problème n'en était pas un ? S'il s'agissait simplement d'une profonde mutation du couple, qui n'est pas pire - voire qui est meilleure, plus riche - que les versions antérieures du couple ?

    Bien sûr, cette renonciation au « pour toujours » n'est possible que si l'on reconnaît la noblesse du désir. Trop longtemps regardé comme un péché, il est aujourd'hui valorisé, mais pas toujours pour ce qu'il est. Suspendant les rapports de domination, le désir est profondément féministe. Il n'est pas un simple besoin du corps, ou de la reproduction, mais une expérience capitale qui engage la totalité du corps-esprit. Intimement mêlé à l'amour, il en est le nouveau nom.

  • «Un jour que tu devais rejoindre un amant désiré (tu te trouvais sur une île), pour passer quarante-huit heures avec lui, le temps a été si mauvais qu'aucun bateau ne partait. Tu peux mobiliser des ressources insoupçonnées lorsque ton désir est menacé par les circonstances : tu as réussi aussitôt à trouver un petit avion privé pour franchir la mer qui vous séparait. Le pilote amateur, enchanté d'avoir une raison de voler, ne t'a réclamé que le prix de l'essence. Ce souvenir te ravit toujours : tu te reconnais bien dans cette extrême et soudaine efficacité qui te permet de trouver un avion pour ton désir.»

  • Qu'est-ce que se sentir femme aujourd'hui ? L'opinion commune, fondée sur la différence des sexes, postule l'existence d'une « nature féminine » liée à la capacité d'enfanter. Contre cette conception régressive, cet essai percutant appelle à ne pas défaire ce que les générations précédentes ont conquis : à résister à la tentation de Pénélope. Car c'est à partir de l'expérience réellement vécue qu'on peut envisager un féminisme qui ne soit ni abstrait ni belliqueux.
    Le désir et la liberté sont le moteur et l'horison de ce livre qui s'incrit contre les revendications identitaires et les préjugés. Trente-six brefs chapitres évoquant, entre autres, le cerveau des femmes, l'aliénation, la politique, la beauté des hommes, le non-désir d'enfant, la possibilité de la suspension des genres ou la prostitution, et sont autant d'invitations à réinventer sans cesse nos vies.

  • Par "imposture", Belinda Canonne ne renvoie pas aux escrocs de la confiance, ceux qui en imposent ou qui usurpent une place. Elle décrit un sentiment très commun qu'on a cependant toujours grand soin de cacher: l'intime conviction de ne pas être celui ou celle qu'il faudrait être pour occuper légitimement la place dans laquelle on se trouve, et la crainte d'être démasqué. Si ce trouble met en cause l'identité, il n'engage pourtant pas la question: "qui suis-je?", mais: "suis-je celle ou celui que je devrais être pour me trouver à cette place?". Toute ambition, quelle qu'en soit la nature (professionnelle, amoureuse, existentielle, etc.), peut susciter cette inquiétude. En trente-six allègres chapitres qui vont de la littérature à la psychanalyse en passant par le cinéma, la politique ou nos expériences quotidiennes, cet essai propose récits et réflexions sur l'origine et les manifestations du sentiment d'imposture.

  • « Au fil de l'ascension, une belle montagne, sur l'autre versant de la vallée, se révéla progressivement dans toute sa masse et m'apparut comme un cône gigantesque : elle "prit forme" tandis que je m'élevais, son dessin d'ensemble ne me devenant perceptible que quand j'eus atteint une certaine altitude. Voici l'intérêt de prendre de la hauteur : la forme du monde, cachée pour le passant des fonds de vallée, nous apparaît miraculeusement à mesure que nous montons. Elle devait être assez somptueuse cette montagne, car je me rappelle m'être émue d'un petit banc, vraiment tout seul sur un épaulement, posé devant la majesté de la chaîne comme au bord de l'infini ».

    Belinda Cannone est une marcheuse, et même lorsqu'elle danse, elle marche encore puisqu'elle pratique le tango. La randonnée de haute montagne, dans les Alpes surtout, a constamment nourri son imaginaire, sa vision du monde et ses métaphores. Ce nouvel essai, qui s'inscrit dans le prolongement de S'émerveiller et de Un Chêne, enrichit sa réflexion sur les manières d'habiter poétiquement notre monde fragile.

  • S'émerveiller

    Belinda Cannone

    • Stock
    • 2 Janvier 2017

    « Parfois le silence règne, nous sommes paisibles et concentrés, la lumière est belle et notre regard vigilant : alors l'émerveillement nous saisit. D'où vient ce sentiment fugitif ? Il ne résulte pas forcément de la nature grandiose de la situation ou du spectacle. Souvent c'est un état intérieur favorable qui nous permet de percevoir une dimension secrète et poétique du monde. Soudain on vit pleinement, ici et maintenant, dans le pur présent. Cette disposition intime est une conséquence du désir de vivre et de la faculté de joie.  Le risque de l'enténèbrement a frappé notre époque mais il faut d'autant plus persister à évoquer l'émerveillement. Car la construction du bonheur, le respect de chaque vie précaire, précieuse et susceptible d'accueillir les plaisirs en même temps que le labeur, sont la marque de notre conception de l'existence. Ici est notre séjour, y porter un regard attentif est le plus sûr remède contre le nihilisme. »

  • L'histoire incite nécessairement les créateurs de notre temps à penser à partir de catastrophes - guerres mondiales et génocides - inaugurales pour la raison et pour notre indispensable croyance en la légitimité et la perfectibilité de l'humanité. Mais ce désastre placé à l'orée du geste de création ne peut pas être un horizon pour l'homme. Le seul horizon raisonnable et joyeux consiste au contraire à trouver les moyens du dégagement, de l'échappée et de la réinvention, en pleine conscience du pire possible. Il s'agit, pour chacun, créateur ou pas, de comprendre comment édifier le bonheur à partir de notre connaissance du désastre.
    Plutôt qu'expression nécessairement tournée vers l'ombre, Belinda Cannone voit dans l'écriture la manifestation de notre volonté d'étreindre - le monde, la réalité rugueuse ou douce - et de célébrer notre présence au monde, notre désir de vivre. Parce que ce désir majuscule se concentre particulièrement dans le désir sensuel et dans l'amour, s'y donne à voir dans son aspect le plus concentré, le plus beau, cet essai entrelace la narration du désir qui meut l'écrivain à des réflexions sur le désir érotique. Il révèle le désir de connaître que les romans manifestent, et qui nourrit la lecture. Ce qui compose l'étrange et sinueux tracé de la littérature et de notre existence.

  • La bêtise s'améliore

    Belinda Cannone

    Il ne s'agit pas dans cet essai d'incriminer une nouvelle fois la sottise dans sa large existence, mais l'attitude de ces gens éclairés qui, ayant les moyens de s'informer et de se cultiver, sont pourtant victimes du préjugé, du lieu commun et de toutes sortes de travers intellectuels qu'ils contribuent à distiller dans l'opinion contemporaine.
    En 36 brefs chapitres, La bêtise s'améliore aborde l'amour, la politique, l'économie, l'art, la morale, l'école, la langue, le désir, le bonheur, en mettant en scène un dialogue entre trois personnages : Gulliver, l'homme en colère, moteur de cette réflexion, son ami le narrateur, indulgent et curieux, et Clara, la fiancée du narrateur, qui tire plutôt la réflexion vers la philosophie morale.
    Il n'y a pas de remède définitif au conformisme : on doit juste se montrer toujours vigilant et cet ouvrage veut y contribuer en étant un appel à la responsabilité intellectuelle. D'abord éloge de la liberté d'esprit, il aimerait nous mettre en garde contre la pétrification de la pensée qui nous menace à tout moment.

  • Eugène ? C'était un homme simple (comme on dit), mais je crois important de montrer que certaines personnes, qui pourraient passer inaperçues parce que, menant des existences paisibles et modestes, elles ne laissent pas de trace remarquable dans le monde, certaines personnes sont supérieures - humainement supérieures. Et de même que l'histoire d'une nation ne s'écrit pas seulement à travers le destin de ses grands personnages, les « vies minuscules » nous renseignent sur l'humanité. Je souhaite, en restituant ses mots, ses gestes et ses actes, faire apparaître le bel être qu'incarna Eugène.

  • Qui était vraiment Stefan Zweig ? Cet homme insaisissable, intellectuel, humaniste, pacifiste convaincu, écrivain hypersensible, fut célébré dès ses débuts pour son approche délicate des tourments de l'âme. Pourquoi s'est-il suicidé à Petrópolis en 1942, au faîte de sa gloire littéraire et à l'abri de la fureur nazie ? Cinquante ans plus tard, Marthe imagine, recrée et tente de comprendre.

  • Un chêne

    Belinda Cannone

    Chaque matin, de la fenêtre de mon bureau je regarde mon chêne, seul hôte du grand champ qui s'étend devant la maison, de l'autre côté de la route, et qui est désigné au cadastre sous le nom de Paradis.
    Durant le jour, quand le ciel versicolore est en fête, ou quand l'eau perle sur la vitre, qu'une ombre s'étire, que des traînées de brume flottent ou qu'un animal passe, je prends une photo à travers le carreau.
    A partir de la contemplation de ce modeste objet du monde, j'ai réuni ici plusieurs facettes d'une expérience dont j'aimerais que le tout forme un chapitre de ce traité de savoir-vivre qui nous permettrait d'apprendre à « habiter poétiquement le monde ».

  • «L'oeuvre. Faire oeuvre. Oeuvrer. Enfanter. L'Oeuvre. Sous ce titre dont il n'était pas tout à fait satisfait, Zola a voulu peindre le travail de la création. De tous les domaines de l'activité humaine qu'il a méthodiquement explorés, celui-ci occupe une place singulière en ce qu'il met en scène les artistes, lesquels relèvent, selon la topologie zolienne, d'un monde à part (avec les prêtres, les meurtriers et les prostituées), mais surtout parce qu'il est celui-là même où s'exerce l'activité de Zola. Ce quatorzième roman de la série des Rougon-Macquart occupe donc une place à part dans la mesure où il présente un aspect autobiographique très prononcé, ce qui explique sans doute qu'il ne comporte qu'un personnage, Claude Lantier, apparaissant ailleurs.»Belinda Cannone.
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  • Geste universel, gage d'amour ou de reconnaissance, le baiser exprime autant qu'il suscite. En le mettant à l'honneur d'un dialogue à trois voix qui évoquent souvenirs, rituels et philosophie, Belinda Cannone fait se rejoindre les émotions et les sens, explorant avec subtilité les facettes d'une des plus belles manifestations de l'humanité.

  • " Quand quelqu'un meurt, nous pouvons enfin mesurer ce qu'il fut. Mon père est plus proche d'un personnage romanesque que de quelque personne réelle : je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi mal équipé pour la vie en société. Mais j'ai choisi d'écrire son portrait et non pas un récit familial car ce qui est intéressant, c'est que, dans son extrême étrangèreté, il ait vraiment existé. Sa singularité même lui confère une dimension universelle.
    Il était compliqué, à certains égards ridicule, contradictoire, et, en même temps, exceptionnel. Il aimait l'amour, était empathique à l'extrême, "idiot" à la façon du héros de Dostoïevski, innocent. Il fut une fleur sauvage poussée sur le terreau de l'humanisme dont il avait intimement fait siennes les valeurs, parce qu'il les avait, d'une certaine façon, éprouvées : le sentiment intime de sa faiblesse fut au fondement de sa posture dans l'existence.
    Il me semble que c'est cette constitution affective, dans la mesure où elle redoublait exactement son effort de penser, qui m'atteignit au plus profond. Car ce que nous recueillons de nos parents, et dont il est beaucoup plus difficile de se débarrasser que de leurs idées, ce sont leurs affects, vivante et palpitante matière transmise à leur insu et au nôtre, irrémédiablement. Je dis souvent, depuis sa mort, que je suis le bras armé d'une plume de mon père.
    J'ai essayé ici de saisir ce qui m'avait été transmis, cet héritage d'idées-affects que je m'efforce de transmettre à mon tour par ma littérature ".

  • Les martinets Nouv.

    Une fratrie abandonnée, trois enfants livrés à la méchanceté des autres enfants, à l'indifférence du voisinage et à leur propre amour mutuel, qui les sauvera.

  • La collection est dirigée par Michel Delon, professeur à l'Université de Paris X - Nanterre et Michel Zink, titulaire de la chaire de littérature médiévale au Collège de France. Elle souhaite accompagner et rendre visible la transformation des études littéraires grâce à l'histoire des idées et des mentalités, il s'agit d'ouvrir des perspectives, de rendre possible de nouveaux objets de recherche.

  • Un homme s'engage dans une profonde remise en question, se retire du monde et décide de jeûner. Il jeûne pour ignorer ce corps qui incarne la part animale de l'être, pour rompre avec l'humanité, pour éprouver la validité de la vie. Au fil des jours, son corps se creuse et ses pensées envahissent le huis clos de sa chambre. Il se rappelle sa rencontre avec une femme devant un tableau du Corregio à Vienne, ses repérages d'oeuvres d'art pour un réseau qui les vole et les revend. La peinture, les animaux, les arbres, la plongée sous-marine, toutes ces passions l'ont écarté peu à peu des autres. Pourtant, des visites de plus en plus intrusives menacent sa retraite intérieure. L'homme qui jeûne est un grand roman philosophique, une histoire à la Borges qui bascule dans le roman noir.

  • Dans l'histoire de ce roman en gestation, deux questions sont mises en scne : quels sont le savoir, la mmoire d'un personnage romanesque? Qui lui donnera vritablement naissance, de la femme endormie qui en est l'auteur ou de Mina, le peintre?

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