Des Femmes

  • Benoîte Groult analyse, dans Ainsi soit-elle, « l'infini servage » des femmes et lance la première protestation publique contre la pratique de l'excision. Livre simple et direct pour que tous comprennent, livre lucide et courageux où l'humour est aussi une arme dans un combat qui se veut toujours positif.

    « Il faut que les femmes crient aujourd'hui. Et que les autres femmes - et les hommes - aient envie d'entendre ce cri. Qui n'est pas un cri de haine, à peine un cri de colère, mais un cri de vie. » B.G.

  • « Ces pages, lues à deux voix, sont tirées de Textes pour un poème (1949-1970) et de Poèmes pour un texte (1970-1991). Les deux livres présentent un choix, à travers quarante années de poésie. Les titres qui s'inversent voudraient refléter - comme dans un miroir - la même image, suggérer une même démarche. [...] Les guets-apens de l'événement et du temps, qui tentent d'enserrer chacun entre les parois de l'âge, des frontières, du milieu social devraient être très vite balayés par les souffles de la poésie. [...] La poésie n'est pas refus ou survol de la vie ; plutôt une manière de la féconder, de rendre compte de ses largesses. Elle témoigne aussi d'une soif qui nous hante, d'une interrogation qui nous garde en haleine.
    Chaque poème achevé devrait apparaître comme un caillou dans la forêt insondable de la vie ; comme un anneau dans la chaîne qui nous relie à tous les vivants.
    Le Je de la poésie est à tous Le Moi de la poésie est plusieurs Le Tu de la poésie est au pluriel. » A.C.

  • « C'est folie de croire que les périodes vides d'amour sont les «blancs» d'une existence de femme », écrivait Colette, en 1937. Car c'est le temps où peut fleurir sa vie propre, saison de poèmes comme l'atteste La Naissance du jour, composée l'été de ses cinquante-quatre ans. « L'âge où s'offre, en coupe d'oubli, le dernier amour n'est-il pas plutôt celui d'inventer, hors des dépendances, sa maturité au pays du soleil ? »

  • Composition intimiste, Hammerklavier joue une partition où se dévoilent des notes fulgurantes : brefs instants de vie, fragments autobiographiques, anecdotes, rêves et souvenirs. Avec le style incisif qui est le sien, l'auteure met en musique et en scène, dans de courts textes, comiques ou tendres, ses préoccupations singulières sur l'art, la judéité, le temps qui passe... Autant de chapitres, autant de mélodies distinctes. Avec Hammerklavier, Yasmina Reza quitte le théâtre pour le récit, sans rien perdre de sa force dramatique ni de l'acuité de son regard.

    « Il n'y a pas longtemps, j'ai regardé mon fils, un soir, de dos, il avait deux ans.
    Il jouait et je regardais sa nuque et ses petits cheveux noirs bouclés et j'ai pensé au vieux monsieur qu'il sera avec ses cheveux, petits fils serrés gris, courts mais encore un peu ondulés, très doux, un vieux monsieur que je ne verrai jamais. |...] » Y.R.

  • « Un jour, ils sont là. Un jour, sans aucun souci de l'heure. On ne sait pas d'où ils viennent, ni pourquoi ni comment ils sont entrés. Ils entrent toujours ainsi, à l'improviste et par effraction. Et cela sans faire de bruit, sans dégâts apparents. Ils ont une stupéfiante discrétion de passe-muraille. Ils : les personnages. On ignore tout d'eux, mais d'emblée on sent qu'ils vont durablement imposer leur présence. » S.G.

    D'où viennent les personnages des romans et quel chemin suivent-ils dans l'esprit de l'écrivaine ? C'est de cette question que naît une réflexion passionnante sur l'inspiration, née à la fois en soi et en dehors de soi, à la manière de ces personnages surgis de nulle part et pourtant si présents. Créatures immatérielles qui s'incarnent progressivement, jusqu'à sembler échapper au contrôle de leur auteur, ils sont à l'origine du processus d'écriture, participent au surgissement de leur monde. Et c'est sous leur mystérieuse emprise que la romancière se met au travail.

  • Passionnée par l'Asie, Irène Frain se fait ici enquêtrice autant que romancière. Inspiré d'une histoire vraie, ce texte révèle la quête de Joseph Francis Rock, un explorateur de génie. Dans les années 1920, parcourant la Chine et le Tibet, il est à la recherche d'une légendaire tribu matriarcale, ultime vestige du peuple des Amazones, vivant au seuil d'une montagne plus haute que l'Everest. La découverte du Royaume des femmes deviendra pour Rock une véritable obsession.

    « On me demande pourquoi j'habite la Montagne de Jade Je ris alors sans répondre Le coeur naturellement en paix Les fleurs de pêcher s'éloignent ainsi au fil de l'eau Il est un autre ciel, une autre terre que parmi les hommes. » I.F.

  • « Arcimboldo ! C'est lui... Un bolide, tombé ici tout d'un coup, Dieu sait comment, Dieu sait d'où... Arcimboldo tout entier. Arcimboldo au grand complet. L'arci... énorme, démesuré... et le bold audacieux et le "o" insolent, arrogant qui le redresse encore plus haut, le cambre, le cabre... Arcimboldo. Tout ici est à lui. Ici est l'espace dont il a besoin pour prendre ses aises... répandre aussi loin qu'il le voudra ses ondes... Déployer sa désinvolture. Son outrecuidance.
    Qu'il fasse venir ici cela et encore cela; tout ce qui lui chante, ces fleurs, ces légumes, ces fruits, ces objets incongrus, ces bêtes étranges, qu'il en dispose comme bon lui semble... Arcimboldo, l'assurance même. L'affirmation. Le défi. Arcimboldo. Tout ici n'est que lui. Arcimboldo. » N.S.

  • « Sur le chemin de planches passe la jeune fille de la plage. Elle est avec l'enfant. Il marche un peu à côté d'elle, ils vont lentement, elle lui parle, elle lui dit qu'elle l'aime, qu'elle aime un enfant. Elle lui dit son âge à elle, dix-huit ans, et son nom. Il répète ce nom. Il est mince, maigre, ils ont le même corps, la même démarche lasse, longue. Sous le réverbère elle s'est arrêtée, elle a pris son visage dans sa main, elle l'a levé vers la lumière, pour voir ses yeux, dit-elle, gris. Tu es l'enfant aux yeux gris. » M.D.

    « À lire à haute voix un texte, on apprend ceci : c'est que la personne qui a écrit le texte n'est pas la même que celle qui le lit. Le texte écrit est là, dans sa proposition immuable, depuis des siècles. Il est rangé dans le livre comme une archive. C'est la voix qui le porte toujours et toujours ailleurs. » M.D.

  • Les années Freud racontent l'histoire de l'introduction de la psychanalyse en France : la rencontre de Freud et de Charcot, la découverte de l'hystérie, la fondation à Vienne du premier Cercle freudien, l'essor international du mouvement et, en contrepoint, l'aventure des grands pionniers français.
    Les années Lacan relatent l'évolution de la psychanalyse au sein de la culture française à partir de 1925, et l'émergence de la deuxième implantation du freudisme dans ce pays autour de la personnalité de Jacques Lacan.

  • Ma mère et les bêtes, écrite en 1922, est l'une des nouvelles de La maison de Claudine. En 1947, Colette en fait une lecture, et c'est par cet enregistrement que commence le CD. Sa voix porte les couleurs de sa terre, aux « r » voluptueusement roulés. Les nouvelles du recueil racontent le temps où, petite fille, elle goûtait « la condition d'être une enfant de son village et d'avoir une mère au rire aigu de jeune fille » ; elles racontent aussi le temps de sa fille, de sa « subtilité d'enfant et de la supériorité de ses sens qui savent goûter un parfum sur la langue, palper une couleur et voir, - fine comme un cheveu, fine comme une herbe - la ligne d'un chant imaginaire ».

  • Entre 1980 et 1999, les éditions Des femmes-Antoinette Fouque ont eu le bonheur d'accueillir Nathalie Sarraute lisant certaines de ses oeuvres majeures pour La Bibliothèque des voix. Madeleine Renaud, puis Isabelle Huppert, se sont jointes à elle pour lire Tropismes. En hommage à cette immense écrivaine, des femmes offrent aujourd'hui plus de quinze heures en compagnie vivante de l'auteure.

    « Il me semble qu'au départ de tout il y a ce qu'on sent, le "ressenti", cette vibration, ce tremblement, cette chose qui ne porte aucun nom, qu'il s'agit de transformer en langage ». C'est ainsi que Nathalie Sarraute (1900-1999) définissait ses premiers textes, les Tropismes, parus en 1939. Cette exploration du « for intérieur » à la recherche de la sensation première se décline d'un roman à l'autre, à une ou plusieurs voix, sans personnage défini ni intrigue romanesque. En liant intimement sensation et langage, Nathalie Sarraute a créé une oeuvre qui a marqué la littérature du XXe siècle.

  • « Je fouille et je bâtis : je dresse des plans que je ne suis pas, des cartes qu'une nouvelle découverte me fait modifier chaque jour. Je dresse des étais, j'écarte les déblais, je cimente, je mure, et de nouvelles brèches s'ouvrent, il me faut recommencer. L'énormité de la tâche ne me rebute pas : un temps viendra, je le sais, où le présent, le passé et l'avenir seront confondus dans un même mouvement puissant dont je ne serai plus exclu. » D.S.

  • Florence Delay nous entraîne dans une délicieuse promenade au château de Fontainebleau, au temps de la cour de France de François 1er à celle d'Henri IV, pour donner vie et parole aux déesses, Diane chasseresses, nymphes et dames qui l'habitent, peintes et sculptées par les artistes italiens Rosso et Primatice. Empruntant l'art et la manière de Marguerite de Navarre, dont elle a lu et relu L'Heptaméron, Florence Delay nous fait revivre, de tableau en tableau, toute la beauté de la Renaissance.

    « Je me souviens de mon enfance quand, allant visiter les anges, les saintes et les déesses au Louvre, deux d'entre vous, mi-nues dans une baignoire et dont l'une tenait le bout du sein de l'autre entre le pouce et l'index, me regardèrent avec sévérité. Je m'éloignai en rougissant mais en dépit de votre interdiction j'y revins. Puisque vous partagiez le même bain, la même eau, le même parfum, que vous portiez la même boucle d'oreille vous étant partagé la paire, vous viviez ensemble, j'en aurais mis ma main au feu. » F.D.

  • « Paula est peintre et elle voit que le modèle (la modèle) s'est endormie allongée le bébé face à elle. Elle fait plusieurs dessins au crayon, et peint deux toiles. Les seins ont de larges auréoles, le pubis est noir et fourni, le ventre est rond, les cuisses et les épaules solides. Dans les dessins, la mère et l'enfant se câlinent du bout du nez ; dans les toiles ils sont alanguis et symétriques, tous deux en position foetale, la grande femme et le petit enfant. Ni mièvrerie, ni sainteté, ni érotisme : une autre volupté. Immense. Une autre force. » M.D.

    Marie Darrieussecq a contribué à l'exposition consacrée à Paula Modersohn-Becker par le Musée d'Art moderne de la Ville de Paris (avril-août 2016). Première du genre, celle-ci a rassemblé une centaine de tableaux ainsi que des carnets et lettres de l'artiste. Elle a mis en valeur l'importance de Paris dans la vie et la formation de la jeune Allemande, qui y a rencontré les plus grands : Rodin, Cézanne, Gauguin, le Douanier Rousseau, Picasso, Matisse.

  • « C'est en explorant les petits villages de Gironde que j'ai rencontré celle que j'allais nommer Marie Salat. En fouillant dans les cartons d'un libraire brocanteur d'un hameau perdu, je suis tombée sur des cartes postales qui lui étaient adressées. À mesure de ma lecture, une émotion et une gêne profonde m'envahissaient : je surprenais des lettres d'amour d'une femme à une autre femme, et quel amour ! Le lendemain, je me suis précipitée chez le brocanteur. Dans le fouillis de ses boîtes, j'ai retrouvé quatre autres cartes, aussi belles, aussi émouvantes. « Cela ferait une belle histoire », me suis-je dit. » R.D.

  • Théa se lève au petit jour afin de surprendre sa mère galopant sur la plage, seule façon d'entretenir, avec celle dont l'amour est trop partagé, un lien secret. Elle court, la nuit, saboter le sémaphore, afin de provoquer le naufrage, sur le récif de corail, du bateau qui doit emmener son amie Isabelle loin de Nouméa, l'arrachant à elle. Dans le milieu colonial de Nouvelle-Calédonie des années 1950, où règnent conformisme et intrigue, une petite fille, fascinée par la sensualité trouble du monde adulte, découvre la sexualité.

  • « Ma mère ne m'aimait pas. Ne m'avait jamais aimée, me disais-je certains jours. Elle, dont je guettais le sourire - rare - et toujours adressé aux autres, la lumière noire de ses yeux de Juive espagnole, elle dont j'admirais le maintien altier, la beauté immortalisée dans une photo accrochée au mur où dans des habits de bédouine, ses cheveux sombres glissant jusqu'aux reins, d'immenses anneaux aux oreilles, une jarre de terre accrochée au dos tenue par une cordelette sur la tête, elle, ma mère dont je frôlais les mains, le visage pour qu'elle me touche, m'embrasse enfin, elle, ma mère, ne m'aimait pas. » Gisèle Halimi

  • Deux fois par semaine est le récit d'une psychanalyse : celle d'une jeune femme de 20 ans, mariée depuis peu, et devant faire face à la mort prochaine de son mari malade. Au cours des séances une relation se crée et permet à cette immense douleur muette d'affleurer, en notations rapides et d'autant plus émouvantes.

    « Connaissait-il ma vie, l'homme au regard de hibou ? Oui, il savait, j'avais lu dans ses yeux de la compassion mais aussi cette sorte de respect que l'on a pour les personnes qui souffrent. Cela me suffisait. C'était bien de savoir que deux fois par semaine il m'attendait. Même si je n'en profitais pas vraiment. Je le savais. Il était là et cela commençait, malgré tout, à compter. J'ai cessé de sourire et c'était un progrès. Je suis restée sombre et recroquevillée, comme si j'absorbais petit à petit ce qui m'arrivait. Le mouchoir serré au creux de ma main. Sans paroles, il me remettait en place. Il me réglait comme une pendule. Je respirais, apaisée. » C.O.

  • « Si je vous parle aujourd'hui, c'est qu'il y a une nouveauté. [...] Je ne veux plus voler, je ne veux plus mentir. Je veux mener une vie de morte, ouvertement, sans honte. C'est ce qu'on me demande, je suppose. Je suis une personne « en plus », mais je suis là. Si j'étais véritablement indésirable, on me l'aurait signifié, je me serais liquéfiée, dissoute. Si je suis encore là, c'est qu'il y a un sens à ce non-être. À moi de le trouver. Voilà mon travail nouveau, voilà ma tâche. » M.M.

  • « J'avais treize ans quand la loi islamique s'est imposée en Iran sous la férule de Komeini rentré de France avec la bénédiction de beaucoup d'intellectuels français. Une fois encore, ces derniers avaient décidé pour les autres de ce que devaient être leur liberté et leur avenir. Quand je retrouve le souvenir et l'image des petites filles voilées des écoles iraniennes, quand je pense à celles qui, en France, sont utilisées, à leur corps défendant ou par l'effet d'une redoutable manipulation islamiste, pour servir d'emblèmes aux propagandistes de "l'identité par le voile", la tristesse le dispute en moi à la colère. Allons-nous enfin nous réveiller ? » C.D.

  • « Appelez-moi, faites lever chacune de mes âmes, chantez-moi, dites qui est ici sans dire un mot, faites-moi venir toutes à vous, par mes âmes, par les cheveux, par les oreilles, sans les mots, par toute la peau, tirez-moi par le bout des nerfs, faites-moi passer, hors des rêves sans lumière, sans chaleur, sans issue, sans la mort, et amenez-moi à l'amour qui se laisse approcher sans s'éloigner, se laisse aimer sans laisser à désirer, je suis amenée, je touche à vous, je touche à l'aimée qui se donne sans se faire espérer, à la vérité j'arrive, à l'amour qui se passe de Noms, appelez-moi vite, je viens, et elle aussi, sans interruption l'aimée, viens, venez, avec tout l'amour qui ne s'est jamais perdu, même de ma mort, jamais écrit jamais sauvé, brillant à fleur d'eau, avec l'âme brillante sur la peau, sans cache, sans erreur, dans la chambre de chance, et pas d'autre nom entre elle et moi sauf : Vous ! » H.Cixous

  • À écouter le récit bouleversant de sa vie et de ses combats, à force de courage et de ténacité, on sait que rien ne peut arrêter Élise Boghossian, petite-fille de réfugiés arméniens. Elle a 30 ans, trois enfants et un cabinet d'acupuncture à Paris quand, en 2011, elle décide de partir en Jordanie et au nord de l'Irak pour soigner, avec ses seules aiguilles, les populations civiles et les réfugiés victimes de la guerre.
    Elle dit : « Tout me comble à Paris. Ma famille, ma vie professionnelle, mes amis, et pourtant quelque chose manque pour donner du relief à tout ça. Un engagement, un travail à accomplir sur un terrain où il n'y aurait rien, où je serais forcément utile. J'ai envie d'être plus près des soubresauts du monde où s'écrit l'Histoire. Et sans prétention voir comment je peux à ma mesure diminuer la souffrance de ceux qui en sont les victimes. » Malgré les premières réticences qu'elle rencontre, elle réussit très vite à convaincre soignants et blessés des bienfaits de son savoir car les résultats sont là : l'acupuncture apaise les douleurs post opératoires, celles des amputés, des grands brûlés et des enfants.
    Élise transforme alors son combat solitaire en une mission humanitaire pérenne. Elle forme des équipes sur place et lève des fonds en France pour créer des dispensaires mobiles. Elle constate que la grande majorité des victimes de guerre réfugiées en Irak vivent hors des camps et n'ont pas accès aux soins. Des milliers de familles sont réduites à l'état de mendicité, les femmes et les filles sont vendues comme esclaves sexuelles, les enfants ont vécu dans la terreur de l'enlèvement. Grâce à des médecins, infirmiers, pharmaciens, chauffeurs qu'elle recrute parmi les réfugiés, son camion-dispensaire et son « bus des femmes » partent à la rencontre de ces populations en souffrance.

    Témoin de l'horreur, de l'injustice, du quotidien des réfugiés sur les zones de conflit, Élise Boghossian raconte surtout une aventure humaine, avec autant de force que d'espoir pour décrire l'innommable. Et la conviction intime que la vie l'emporte toujours.

  • « Je n'ai jamais imaginé que l'acte d'écrire pût s'accomplir à l'extérieur. Et ce fut le penchant que j'avais pour le repli qui me mit dans la voie de l'écriture. Sortir de soi, de chez soi, signifie se perdre. Écrire, à mes yeux, est un acte intime. Nul geste ne me rapproche davantage de moi-même. De ce à quoi je tiens le plus. Rien ne me fait me sentir moins seule, absente, écartée de tout : pas même l'acte d'aimer. » S.B.S.

  • Le spectre du gris : spectre de la couleur qui hante la prose et va des extrêmes du gris-noir à ceux du gris-blanc sans réussir à pénétrer dans les ténèbres ni dans la clarté ; à confirmer aucun des jugements, à accomplir aucun de ces miracles que les appareils idéologiques, et leur nom est légion, conditionnent les femmes à attendre du quotidien. Spectre aussi en ce que le désir de quelque absolu demeure, et que la nature, la féminité en tout cas, a horreur de cette grisaille dont elle découvre que son ordinaire est tissé. Les nouvelles du spectre du gris explorent toute une variété de situations féminines, c'est-à-dire ambiguës. Avec rage parfois, mais aussi avec humour, avec amour.

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