Littérature traduite

  • « Partout dans le monde, la question du genre est cruciale. Alors j'aimerais aujourd'hui que nous nous mettions à rêver à un monde différent et à le préparer. Un monde plus équitable. Un monde où les hommes et les femmes seront plus heureux et plus honnêtes envers eux-mêmes. Et voici le point de départ : nous devons élever nos filles autrement. Nous devons élever nos fils autrement. » Critique farouche de toute forme d'essentialisation - qu'elle touche le genre, la nationalité ou l'appartenance à n'importe quelle entité close et figée -, C. N. Adichie porte une voix, rare et puissante, d'émancipation.

  • «Quand j'écrivis les pages suivantes, ou plutôt en écrivis le principal, je vivais seul, dans les bois, à un mille de tout voisinage, en une maison que j'avais bâtie moi-même, au bord de l'Étang de Walden, à Concord, Massachusetts, et ne devais ma vie qu'au travail de mes mains. J'habitai là deux ans et deux mois. À présent me voici pour une fois encore de passage dans le monde civilisé.» Un éloge du retour à la nature et à une vie simple en accord avec soi-même.

  • La plage

    Cesare Pavese

    Un été sur la Riviera italienne. Un professeur d'une trentaine d'années rejoint pour les vacances Doro, un ami de jeunesse marié depuis peu. Durant ce séjour ligure où le soleil contraint aux temps longs de l'ennui et de la contemplation, il ne cessera - depuis sa solitude - d'observer le couple se mouvoir.

    Un bref roman de Cesare Pavese, maître de la littérature italienne et plume inconsolée du Métier de vivre et de Travailler fatigue.

  • « Il fut un temps, m'expliqua-t-il, où je ne m'appuyai que sur la raison, pour découvrir ensuite que la raison ne pouvait supporter tout le fardeau de la vie. Il fut un autre temps où je ne m'appuyai que sur l'émotion, pour découvrir que c'était un abîme sans fond. La raison et l'émotion, vois-tu, étaient miennes. L'homme ne peut s'appuyer sur lui seul. Je n'ose rentrer en ville avant d'avoir trouvé mon soutien.
    - Que suggères-tu donc ?
    - Allez tous deux à Calcutta. » Dans À quatre voix (Chaturanga, 1916), classique de la littérature bengalie, fascinante méditation sur la foi et le cheminement spirituel, mais aussi histoire d'un amour, se déploie tout le souffle du grand écrivain indien, Prix Nobel en 1913.

  • Lettre au père

    Franz Kafka

    « Très cher père, Tu m'as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi. Comme d'habitude, je n'ai rien su te répondre... » Réel et fiction ne font qu'un dans la lettre désespérée que Kafka adresse à son père. Il tente, en vain, de comprendre leur relation qui mêle admiration et répulsion, peur et amour, respect et mépris.

  • « Mon manager, Bradley Stevenson, qui au cours des années a été un ami précieux à sa manière, soutient que j'ai en moi l'étoffe d'un vrai pro. Pas seulement comme musicien de studio, mais comme vedette de première division. Il est faux que les saxophonistes ne deviennent plus des vedettes, affirme-t-il, et il répète sa liste de noms. Marcus Lightfoot. Silvio Tarrentini. Ce sont tous des musiciens de jazz, fais-je remarquer. C'est bien ce que tu es, non ? réplique-t-il. Mais je ne le suis encore que dans mes rêves les plus secrets. Dans le monde réel - quand je n'ai pas le visage entièrement enveloppé de pansements comme en ce moment - je suis juste un ténor payé à la journée, raisonnablement sollicité pour l'enregistrement en studio, ou lorsqu'un groupe a perdu son saxo habituel. S'ils veulent de la pop, je joue de la pop. R&B ? Parfait. Publicités pour des voitures, thème musical d'un talk show, j'accepte. Ces temps-ci je suis un musicien de jazz seulement quand je suis enfermé dans mon réduit. »   Deux textes mélancoliques et désenchantés issus du seul recueil de nouvelles - Nocturnes, Cinq nouvelles de musique au crépuscule - de Kazuo Ishiguro, qui a reçu le prix Nobel de littérature en 2017.

  • « Et nous sommes comme des fruits. Nous sommes suspendus bien haut parmi des branches étrangement entrelacées, et nous sommes livrés à bien des vents. Ce que nous possédons, c'est notre maturité, notre douceur, notre beauté. Mais la force qui les nourrit coule à travers un seul tronc, depuis une racine qui a fini par s'étendre sur des mondes entiers. Et, si nous voulons témoigner de sa puissance, chacun de nous doit vouloir l'utiliser dans le sens qui est le plus propre à sa solitude. Plus il y a de solitaires, plus solennelle, plus émouvante et plus puissante est leur communauté. » Dans cette composition de jeunesse (1898) - ici enrichie de trois textes sur l'art de la même période -, se forment et se dessinent les plus grandes percées de la poétique de Rilke : de ce qui se nommera, dans les Élégies de Duino, « l'Ouvert » et « l'espace intérieur du monde ».

  • Dans le train qui le ramène chez lui pour le week-end, William savoure le bonheur de retrouver bientôt Isabel, sa ravissante jeune femme, et leurs deux enfants. Pourtant, depuis qu'Isabel s'est liée avec un nouveau groupe d'amis, elle a changé et William ne sait trop qu'en penser...
    Durant les longues journées d'été, Crescent Bay est le théâtre de la vie et des jeux de ceux qui y passent leurs vacances entre baignade, sieste et conversations.
    Par petites touches lumineuses et justes, Katherine Mansfield esquisse des portraits pleins de finesse et de sensibilité.

  • «Personnellement, je suis quasiment certaine que c'est lui l'assassin, mais il me manque la preuve ultime, la preuve inébranlable.» Après la survenue d'un drame épouvantable, Betsy se replonge dans ses souvenirs.
    Lui, personne ne peut l'imaginer en meurtrier calculateur. Pourtant, elle en a l'intime conviction... Qui soupçonne-t-elle d'avoir commis ce crime?

    Deux nouvelles qui explorent avec justesse les sentiments qui peuvent nous habiter, de la jalousie destructrice à la bonté désintéressée.

  • « Ta Pénélope d'envoie cette lettre, trop tardif Ulysse : ne réponds rien, mais viens toi-même. » 10 lettres d'amour, 10 voix de grandes héroïnes éplorées, 10 explorations de la passion amoureuse.

    Liste des lettres :
    Pénélope à Ulysse - Briséis à Achille.
    Phèdre à Hippolyte - oenone à Pâris.
    Hypsipyle à Jason - Didon à Énée.
    Hermione à Oreste - Déjanire à Hercule.
    Ariane à Thésée - Médée à Jason.

  • Foi qui se questionne, désir déçu, homosexualité qui ne peut se dire, âpretés de l'exil... Dans ces deux nouvelles, l'auteure d'Americanah tisse magistralement les trajectoires de personnages pour lesquels «la terre des origines» est lointaine et que secouent d'intimes déchirements.

    «Le jour où un avion s'écrasa au Nigeria, le même jour où la première dame nigériane mourut, on frappa fort à la porte d'Ukamaka à Princeton. Les coups la surprirent car personne ne se présentait jamais à sa porte sans prévenir - on était en Amérique, après tout...» Nouvelles extraites du recueil Autour de ton cou.

  • Joie d'une promenade dans Londres au début de l'été, sentiment de honte dans une robe démodée, intensité d'une rencontre qui ne s'avouera pas... Ces cinq nouvelles, esquisses ou variations sur la réception tenue par Clarissa dans Mrs Dalloway, sont une immersion dans les mouvements intérieurs les plus imperceptibles de la fascinante héroïne de Virginia Woolf et de quelques-uns de ses invités.

    «Elle restait plantée là dans un coin du salon de Mrs Dalloway, en proie à mille tourments, les yeux grands ouverts sur la réalité.»

  • «"Bon sang!" s'exclama-t-il tout haut. Le processus se poursuivait. Il n'y avait pas le moindre doute : il avait à présent l'apparence d'un homme de trente ans. Loin d'être ravi, il était embarrassé : il rajeunissait. Il avait espéré jusque-là que, une fois atteint l'âge physique correspondant au nombre de ses années, le phénomène absurde qui avait marqué sa naissance cesserait d'opérer. Il frissonna. Son destin lui paraissait terrible, incroyable.» Deux Contes de l'âge du jazz - dont la célèbre «histoire de Benjamin Button» - par la plume la plus flamboyante et fêlée de la Génération perdue.

  • Amour et amitié

    Jane Austen

    « De tous les talents ordinairement en possession de mon sexe j'étais la maîtresse. Au couvent, mes progrès avaient toujours été plus grands que ne le permettait l'instruction reçue, les connaissances dont je disposais étonnaient chez quelqu'un de mon âge, et je surpassai bientôt mes maîtres.
    Toutes les vertus susceptibles d'orner un esprit se retrouvaient dans le mien. Il était le lieu de rencontre de toutes les qualités et de tous les sentiments élevés. Mon seul défaut, s'il mérite ce nom, était de posséder une sensibilité trop vive, prompte à s'émouvoir de toutes les afflictions de mes amis, et plus encore des miennes. » Dans ce court roman épistolaire composé par Jane Austen à l'âge de quinze ans se goûte déjà la plume de la maturité, aussi délicate qu'ironique.

  • Dans ce texte âpre, «Big Jim» nous emmène dans un Montana aussi beau qu'hostile et livre un portrait féminin subtil, non sans échos avec son majestueux Dalva : celui d'une jeune fille meurtrie, aussi blessée qu'en quête de vengeance...

    «Sarah cria : "Putain de Dieu!", puis elle s'élança à toute vitesse sur un sentier pentu qui grimpait le long de la montagne jusqu'à ce qu'elle soit certaine que sa blessure allait éclater et qu'elle en aurait fini avec elle.»

  • Discours choisis

    Barack Obama

    L'entrée de Barack Obama à la Maison-Blanche en 2009 a marqué un tournant dans l'histoire des États-Unis. Il s'est notamment imposé au fil des ans comme un orateur hors pair, et nombre de ses discours demeurent en mémoire. Cette anthologie en rassemble huit. Dans une langue tour à tour déterminée, grave ou encore exaltée, Barack Obama n'a de cesse de réaffirmer son amour et sa confiance en son pays et ses habitants et, quelles que soient les circonstances, de toujours véhiculer un message porteur d'espoir, à l'image de son slogan : Yes, We can !

  • « - J'adore les bijoux, renchérit Percy, enthousiaste. Naturellement, je ne voudrais pas que cela se sache à l'école, mais j'en ai moi-même une collection intéressante. J'en faisais la collection avant de me mettre aux timbres.- Et des diamants, reprit John, avec exaltation. Les Schnlitzer-Murphy avaient des diamants gros comme des noix...- Ça, ce n'est rien. » Percy s'était penché vers lui et avait baissé la voix au point qu'elle n'était plus qu'un simple murmure. « Ce n'est rien du tout. Mon père a un diamant plus gros que l'hôtel Ritz-Carlton. »Pièce maîtresse de l'oeuvre fitzgeraldienne, Le Diamant gros comme le Ritz déplie singulièrement l'un des grands thèmes de son auteur : le faste et ses fantômes.

  • « Fuyez, pour Dieu, fuyez au loin le réverbère ! Et vite, aussi vite que vous pouvez, passez au large. Heureux encore si vous vous en tirez avec une coulée de son huile puante sur votre élégant manteau. Mais outre le réverbère tout respire l'imposture. Elle ment à longueur de temps, cette Perspective Nevski, mais surtout lorsque la nuit s'étale sur elle en masse compacte et accuse la blancheur ou le jaune pâle des façades, quand toute la ville devient éclair et tonnerre, quand des myriades d'attelages débouchent des ponts, quand les postillons hurlent sur leurs chevaux lancés au galop, quand le démon lui-même allume les lampes uniquement pour faire voir les choses autres qu'elles ne sont. » Deux plongées dans la Saint-Pétersbourg spectrale et cruelle de Gogol.

  • « Pourquoi mes souvenirs d'enfance sont-ils allés se greffer à trois reprises sur cette soupe d'orge perlé ? Elle était effectivement gris perle, cette soupe, avec des chatoiements rosâtres tirant sur le rouge carotte auxquels s'ajoutait le scintillement nacré d'un pépin de sucre rond à demi noyé dans la casserole. » Trois variations comme proustiennes sur l'enfance et l'éclosion de son ressouvenir.

  • « Au cours des mois suivants, un curieux astre dioscurique à deux faces répandit sa lumière au-dessus du pays étonné, autant à la satisfaction des pêcheurs que des dévots. Car si les premiers trouvaient à tout moment de quoi se satisfaire grâce au plaisir dispensé par le corps prodigue d'Helena, ces derniers pouvaient édifier leur âme grâce au reflet brillant de vertu qu'était Sophia et c'est en raison de cette dualité que pour la première fois depuis le début des temps, dans cette ville d'Aquitaine, le royaume de Dieu sur terre sembla nettement et visiblement séparé de celui de son rival. Celui qui aimait la pureté avait une sainte patronne à sa disposition, et celui qui s'abîmait dans les plaisirs de la chair avait en perspective la jouissance terrestre dans les bras de la soeur indigne. Mais dans chaque coeur ici-bas circulent d'étranges sentiers de contrebande entre le Bien et le Mal, la chair et l'esprit, et il s'avéra bientôt que c'était précisément cette dualité d'une nature inattendue qui menaçait la paix des âmes. » Dans ce singulier "récit enchâssé" paru en 1927, Stefan Zweig brosse le portrait de deux soeurs jumelles aussi apparemment semblables qu'elles ne sont en réalité opposées : car si l'une est Vertu, la seconde n'a goût que pour le Vice.

    Nouvelles extraites de Romans, nouvelles et récits, I (Bibliothèque de la Pléiade).

    "Une histoire au crépuscule" est traduite par Nicole Taubes.

  • À cinquante ans, Donna Amalia en paraît une trentaine. Le secret de son éternelle jeunesse ? Avoir su garder son âme d'enfant, cette faculté de s'émerveiller de tout, d'imprimer à chaque instant légèreté et insouciance. Dans ces quelques nouvelles, l'univers magique de l'enfance, avec ses mystères et ses joies, est décrit avec sensibilité, poésie et talent par l'auteur de La Storia.

  • Brûlant secret

    Stefan Zweig

    Seul, un jeune aristocrate foule le quai de gare d'une station de montagne. Arrivé à son hôtel, à l'affût de la moindre rencontre, il entrevoit une femme élégante, l'air lointain, en compagnie d'un garçonnet. Prêt à tout pour la conquérir, il va feindre l'éclosion d'une amitié avec le fils pour atteindre la mère. Et bientôt, le petit Edgar ne comprendra pas la raison, celle qu'on lui tait et qu'il pressent brûlante, de leur soudaine métamorphose...

    «Oh, le savoir, savoir enfin ce secret, le comprendre, tenir cette clef qui ouvre toutes les portes, ne plus être l'enfant à qui l'on cache et dissimule tout, ne plus être celui qu'on berne et qu'on dupe. C'est le moment ou jamais! Je vais bien le leur arracher, ce terrible secret.»

  • Rien que des gamins

    Patti Smith

    Extrait de Just Kids, le chapitre « Rien que des gamins » condense plusieurs moments forts de la jeunesse de son auteur : la rencontre avec Robert Mapplethorpe, leurs premières expérimentations artistiques, la découverte de l'homosexualité de Robert et le départ pour le Chelsea Hotel. Une belle introduction à l'univers littéraire et artistique de ces deux « gamins » qui ne sont pas encore devenus les icônes que l'on connaît.

  • « Georg s'agenouilla aussitôt à côté de son père ; il vit son visage fatigué et dans le coin des yeux, deux immenses pupilles dirigées sur lui. » Fils condamné à la noyade, exécutions atroces opérées de sang-froid... Écrits durant la même décennie que la Lettre au père et Le Procès , ces récits sont traversés, tout aussi implacablement, par deux des grands thèmes kafkaïens : l'ombre du père et le châtiment arbitraire.

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